« Que je ne l'avais cru » ou « crus » ?
On écrit « ces élèves sont plus doués que je ne l'avais cru », sans accord. Le « l' » placé devant le verbe ne reprend pas « ces élèves » : il reprend toute une idée, et une idée ne s'accorde pas.
Deux « l' » qui se ressemblent
Le pronom « l' » peut remplacer un nom, et alors le participe s'accorde avec ce nom, comme avec n'importe quel complément direct placé avant le verbe. Il peut aussi remplacer une idée entière, et alors il vaut « cela », qui est masculin singulier.
- La règle, elle l'a apprise par cœur. « L' », c'est la règle : accord.
- Elle est partie depuis un mois et je ne l'ai su qu'hier. « L' », c'est le fait qu'elle est partie : invariable.
- Ces exercices sont plus difficiles que je ne l'avais cru. « L' », c'est qu'ils seraient difficiles : invariable.
- Qui l'eût cru ? « L' », c'est que la chose arriverait : invariable.
Le test : remplace « l' » par « cela », puis demande ce que c'est
Remplace le pronom par « cela », et regarde ce que ce « cela » désigne. S'il faut le développer en une phrase entière, c'est une idée : le participe reste au masculin singulier. S'il désigne un nom déjà écrit, le pronom reprend ce nom et tu accordes avec lui.
- Je ne l'ai su qu'hier → je n'ai su cela qu'hier. Cela, c'est qu'elle est partie, une phrase : su.
- Elle l'a apprise par cœur → elle a appris cela par cœur. Cela, c'est la règle, un nom : apprise.
Où il se cache : dans les comparaisons
Le cas se présente surtout après « plus… que », « moins… que », « aussi… que » et « comme ». Le « l' » reprend alors ce qu'on avait cru, dit ou prévu, et non la personne ou la chose elle-même. Le « ne » qui l'accompagne souvent est le « ne » explétif, il n'enlève rien au sens.
- Les travaux ont duré plus longtemps que l'architecte ne l'avait prévu.
- Ces épreuves sont moins difficiles que nous ne l'avions pensé.
- Cette ville est aussi bruyante qu'on me l'avait dit.
- Il a démissionné, comme il l'avait annoncé.
- Je suis venue, comme je te l'avais promis.
Mais après « comme » et « tel que », un verbe comme laisser, trouver ou connaître reprend la chose elle-même, et l'accord revient.
- Je l'ai retrouvée telle que je l'avais laissée. « L' », c'est elle : accord.
- La ville est restée comme je l'avais connue.
Pourquoi on se trompe
Parce que le réflexe « complément placé avant, j'accorde » est bon, et qu'on l'applique sans regarder ce que le pronom remplace. Un sujet féminin ou pluriel dans la phrase appelle le e ou le s, et la main l'écrit : « plus difficiles que je ne l'avais crus ». C'est une faute de gens qui connaissent la règle. Avant d'accorder, demande ce que « l' » désigne.
Les expressions figées
Quelques tours figés gardent un participe invariable, quoi que leur « l' » ait désigné à l'origine.
- Ils l'ont échappé belle.
- Elle l'a emporté sur toutes ses rivales.
- Il l'a pris de haut.
La zone grise
Quand le nom pourrait lui-même être le complément du verbe, les deux lectures existent, et les grammairiens admettent les deux accords. Dans « cette région est aussi belle que je l'avais imaginé », « l' » est l'idée ; dans « que je l'avais imaginée », « l' » est la région, qu'on a imaginée. Les deux se défendent, et les écrivains eux-mêmes hésitent. Dans le doute, choisis l'invariable : personne ne te le reprochera.
💡 Astuce
Devant le participe, demande ce que « l' » remplace. Un nom : tu accordes avec lui. Une idée, un fait que tu développerais en une phrase : invariable. Ces élèves sont plus doués que je ne l'avais cru.
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Ces candidats sont plus solides que je ne l'avais ___.
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