L'orthographe française a la réputation d'être l'une des plus complexes au
monde — et ce n'est pas un mythe. Entre les accords, les homophones, les
consonnes doubles et les exceptions en tout genre, même les francophones
natifs trébuchent quotidiennement. Selon une étude du
Projet Voltaire menée en 2024, les Français font en moyenne
14 fautes pour 1 000 mots dans leurs écrits professionnels.
Pourtant, la grande majorité de ces erreurs repose sur un nombre limité de
règles. Maîtriser les 20 règles fondamentales présentées dans
cet article vous permettra d'éliminer la plupart des fautes courantes et de
gagner en crédibilité à l'écrit — que ce soit dans un e-mail, un rapport, un
CV ou un simple message.
Les accords de base
Règle 1 — Le sujet commande le verbe
Le verbe s'accorde toujours en nombre et en personne avec son
sujet. C'est la règle la plus fondamentale de la grammaire française, et
pourtant l'une des plus souvent enfreintes — notamment quand le sujet est
éloigné du verbe ou quand plusieurs sujets se succèdent.
Les enfants du voisin jouent dans le
jardin. (et non « joue »)
Le bouquet de roses que tu m'as offert
embaume le salon. (c'est le bouquet qui embaume, pas les
roses)
C'est moi qui ai raison. (et non « qui a »)
Astuce : quand le sujet vous semble loin, posez-vous la
question « Qui fait l'action ? » pour le retrouver.
Règle 2 — L'adjectif s'accorde avec le nom qu'il qualifie
L'adjectif qualificatif prend le genre (masculin/féminin) et
le nombre (singulier/pluriel) du nom auquel il se rapporte.
Une chemise blanche / Des chemises
blanches
Un résultat excellent / Des résultats
excellents
Une décision importante et urgente
Attention : quand l'adjectif qualifie plusieurs noms de
genres différents, le masculin l'emporte : « Une robe et un pantalon
noirs. »
Le pluriel des noms
Règle 3 — Le pluriel général : on ajoute un -s
La règle de base est simple : pour former le pluriel d'un nom, on ajoute un
-s à la fin. Cette règle couvre la majorité des noms
français.
Un chat → des chats
Une table → des tables
Un ami → des amis
Exception : les noms terminés par -s, -x ou -z ne changent
pas au pluriel (une noix → des noix, un nez → des nez).
Règle 4 — Les noms en -eau, -au et -eu prennent un -x
Au pluriel, les noms terminés par -eau,
-au et -eu prennent généralement un
-x (et non un -s).
Un bateau → des bateaux
Un noyau → des noyaux
Un jeu → des jeux
Exceptions : des pneus, des
bleus, des landaus.
Règle 5 — Les noms en -al font -aux
La plupart des noms terminés par -al forment leur pluriel en
-aux.
Un journal → des journaux
Un animal → des animaux
Un hôpital → des hôpitaux
Exceptions courantes : des bals, des
festivals, des carnavals, des
récitals, des régals.
Règle 6 — Les noms en -ou : sept exceptions prennent un -x
Les noms en -ou suivent la règle générale (ajout d'un -s),
sauf sept exceptions célèbres qui prennent un -x :
Tous les autres prennent un -s : des trous, des clous, des sous, des verrous.
“
Viens mon chou, mon bijou, mon joujou, sur mes genoux, et jette des
cailloux à ce hibou plein de poux.
C
Comptine mnémotechnique
traditionnelle
L'accord du participe passé
Règle 7 — Avec « être » : le participe passé s'accorde avec le sujet
Quand le verbe est conjugué avec l'auxiliaire être, le
participe passé s'accorde en genre et en nombre avec le
sujet.
Elle est partie tôt. (féminin singulier)
Ils sont arrivés en retard. (masculin pluriel)
Les fleurs sont fanées. (féminin pluriel)
Moyen mnémotechnique : avec « être », le participe passé se
comporte comme un adjectif — il « décrit » le sujet.
Règle 8 — Avec « avoir » : le participe passé s'accorde avec le COD placé
avant
Avec l'auxiliaire avoir, le participe passé ne s'accorde
jamais avec le sujet. Il s'accorde uniquement avec le
complément d'objet direct (COD), et seulement si celui-ci est
placé avant le verbe.
J'ai mangé une pomme. (COD après → pas d'accord)
La pomme que j'ai mangée. (COD « que » = la pomme, placé
avant → accord au féminin)
Les livres que j'ai lus. (COD « que » = les livres, placé
avant → accord au masculin pluriel)
“
Laccord du participe passé avec avoir est sans doute la règle qui fait
trébucher le plus de francophones — et pourtant, une fois comprise, elle
devient un automatisme.
B
Bernard Cerquiglinilinguiste
Les homophones grammaticaux
Les homophones sont des mots qui se prononcent de la même
façon mais s'écrivent différemment. Ils représentent l'une des premières
sources d'erreurs en français écrit. Voici les cinq paires les plus
problématiques.
Règle 9 — « a » ou « à »
a (sans accent) est le verbe avoir conjugué au
présent. à (avec accent) est une préposition.
Il a faim. → On peut remplacer par « avait » : « Il avait
faim. » ✓
Je vais à Paris. → On ne peut pas dire « Je vais avait
Paris. » ✗
Astuce : si vous pouvez remplacer par « avait »,
écrivez « a » sans accent.
Règle 10 — « et » ou « est »
et est une conjonction de coordination (elle relie deux
éléments). est est le verbe être au présent.
Paul et Marie. → On peut remplacer par « et puis » : « Paul
et puis Marie. » ✓
Il est content. → On peut remplacer par « était » : « Il
était content. » ✓
Règle 11 — « son » ou « sont »
son est un déterminant possessif (= le sien).
sont est le verbe être au présent (3e personne du
pluriel).
Son vélo est rouge. → On peut remplacer par « mon » : « Mon
vélo est rouge. » ✓
Ils sont en retard. → On peut remplacer par « étaient » : «
Ils étaient en retard. » ✓
Règle 12 — « on » ou « ont »
on est un pronom personnel sujet (3e personne du singulier).
ont est le verbe avoir au présent (3e personne du
pluriel).
On part demain. → On peut remplacer par « il » : « Il part
demain. » ✓
Ils ont compris. → On peut remplacer par « avaient » : «
Ils avaient compris. » ✓
Règle 13 — « ce » ou « se »
ce est un déterminant démonstratif ou un pronom.
se est un pronom personnel réfléchi (il accompagne toujours
un verbe).
Ce livre est passionnant. → On peut remplacer par « le » ou
« un » : « Le livre est passionnant. » ✓
Il se lève tôt. → Le « se » fait partie du verbe pronominal
« se lever ».
Les terminaisons verbales
Règle 14 — Distinguer -er, -é et -ez
Cette confusion est l'une des fautes les plus fréquentes en français. Les
trois terminaisons se prononcent de manière quasi identique, mais leur emploi
est bien distinct :
-er : infinitif du verbe (« Je vais
manger. »)
-é : participe passé (« J'ai mangé. »)
-ez : conjugaison à la 2e personne du pluriel (« Vous
mangez. »)
Astuce imparable : remplacez le verbe par un verbe du 3e
groupe comme « vendre » ou « prendre ». Si vous pouvez dire
« vendre », écrivez -er. Si vous dites « vendu », écrivez
-é.
Je vais manger. → « Je vais vendre. » ✓ → infinitif →
-er
La confusion entre -er et -é représente à elle seule près de 20 % des
fautes dans les copies dexamens.
D
Dominique Dupriezauteur
L'orthographe d'usage
Règle 15 — Le doublement des consonnes
Le doublement des consonnes est l'un des pièges les plus redoutés du français.
Quelques repères utiles :
Les mots commençant par ac-, ap-,
at-, ef-, of- doublent
souvent la consonne : accueillir,
apparaître, attendre,
effort, offrir.
Les mots commençant par af- doublent le f,
sauf : afin, Afrique, africain.
Après le son « o » : un seul « n » dans monotone mais deux «
n » dans consonne.
Pièges fréquents :
apercevoir (un seul p) — mais
apparaître (deux p)
nourrir (deux r) — mais mourir (un seul r)
honneur (deux n) — mais honorer (un seul
n)
Règle 16 — La cédille : « ç » devant a, o, u
Le c se prononce naturellement [s] devant
e et i. Devant a,
o et u, il faut ajouter une
cédille pour conserver le son [s].
Français (et non « francais »)
Nous avançons (pour garder le son [s] de « avancer »)
Il a reçu une lettre (pour garder le son [s] de « recevoir
»)
Astuce : la cédille n'est jamais nécessaire devant
e ou i, car le « c » fait déjà le son [s] dans ces cas.
Règle 17 — Les trois accents sur le « e »
Le français distingue trois accents sur la lettre e, chacun
modifiant sa prononciation :
é (accent aigu) : son fermé [e] — été,
écrit, éléphant
è (accent grave) : son ouvert [ɛ] — père,
mère, frère
ê (accent circonflexe) : son ouvert [ɛ] — fête,
forêt, être
Repère : l'accent aigu se place sur un « e » suivi d'une
syllabe prononcée (é-lé-phant). L'accent grave se place sur
un « e » suivi d'une syllabe contenant un « e muet » (mè-re, é-lè-ve).
Règle 18 — Devant m, b, p : « n » devient « m »
Devant les lettres m, b et
p, le « n » se transforme en « m ». Cette
règle explique l'orthographe de très nombreux mots courants.
Adjectif terminé par une voyelle au masculin + -ment : vrai
→ vraiment, poli → poliment
Adjectif en -ent → adverbe en -emment :
prudent → prudemment, évident → évidemment
Adjectif en -ant → adverbe en -amment :
suffisant → suffisamment, brillant →
brillamment
Attention : « évidemment » prend deux « m »
(et non « évidement »), tout comme « prudemment ».
Règle 20 — Les noms féminins en -té et -tié ne prennent pas de -e final
Les noms féminins terminés par -té et
-tié ne prennent généralement pas de -e à la
fin.
la beauté, la liberté, la
fidélité, l'amitié, la moitié
Exceptions : les noms indiquant un
contenu (une assiettée, une
pelletée, une portée) et quelques noms
courants : la dictée, la montée, la
jetée, la pâtée.
Récapitulatif : les 20 règles en un coup d'œil
Voici un résumé des 20 règles pour les garder toujours à portée de main :
1. Le verbe s'accorde avec son sujet.
2. L'adjectif s'accorde avec le nom qu'il qualifie.
3. Le pluriel se forme en ajoutant un -s.
4. Les noms en -eau, -au, -eu prennent un -x au pluriel.
5. Les noms en -al font -aux au pluriel.
6. Sept noms en -ou prennent un -x au pluriel.
7. Avec « être », le participe passé s'accorde avec le
sujet.
8. Avec « avoir », le participe passé s'accorde avec le COD
placé avant.
9. « a » = avoir / « à » = préposition.
10. « et » = addition / « est » = être.
11. « son » = possessif / « sont » = être.
12. « on » = pronom / « ont » = avoir.
13. « ce » = démonstratif / « se » = réfléchi.
14. -er = infinitif / -é = participe passé / -ez = 2e
personne du pluriel.
15. Certains préfixes doublent la consonne (ac-, ap-, at-,
ef-, of-).
16. La cédille est nécessaire devant a, o, u pour le son
[s].
17. Accent aigu (é), grave (è) et circonflexe (ê) changent
la prononciation.
18. Devant m, b, p : « n » devient « m ».
19. Les adverbes en -ment se forment à partir du féminin de
l'adjectif.
20. Les noms féminins en -té et -tié ne prennent pas de -e
final.
Comment retenir ces règles durablement ?
Connaître les règles, c'est bien. Les
appliquer automatiquement, c'est mieux. Voici les méthodes
les plus efficaces pour ancrer ces règles dans votre mémoire :
La pratique régulière — Faire des exercices quotidiens,
même 5 minutes, est plus efficace que de longues sessions espacées. Le
cerveau apprend par la répétition espacée.
La dictée — C'est le meilleur exercice pour mobiliser
toutes les règles en même temps. Dictées quotidiennes, dictées de textes
littéraires, dictées à thème : toutes sont utiles.
Les moyens mnémotechniques — Comme la comptine des noms en
-ou, les astuces de remplacement (vendre/vendu pour -er/-é) ou les
phrases-clés, ils sont redoutablement efficaces.
La relecture active — Relire vos textes en vérifiant une
règle à la fois (d'abord les accords, puis les homophones, etc.) est une
méthode de correction professionnelle éprouvée.
“
Lorthographe est le cricket de la langue française : on peut y jouer
toute sa vie sans jamais en connaître toutes les règles.
F
François de
Closetsjournaliste et écrivain
Pour mettre ces 20 règles en pratique de manière ludique, l'application
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