Confusions fréquentes

« À l'envi », « de plain-pied », « en son for intérieur » : les expressions au mot oublié

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On écrit « répéter à l'envi », sans e, et « une maison de plain-pied », avec un a. Ces expressions figées ont gardé, pour la plupart, un mot ancien ou un sens oublié qui sonne comme un mot courant : envi et envie, plain et plein. Dans d'autres, deux mots courants se ressemblent : le cor et le corps, tant et temps. Rebattre, lui, piège par son préfixe : on le confond avec rabattre. Le sens d'origine redonne la bonne orthographe.

Neuf expressions et leur mot piégé

  • à l'envi : l'envi était un défi. Faire une chose à l'envi, c'est la faire à qui mieux mieux, en rivalisant ; on l'emploie surtout aujourd'hui pour dire à n'en plus finir : répéter à l'envi. Pas « à l'envie ».
  • de plain-pied : plain veut dire plat, comme dans plaine. Une maison de plain-pied n'a pas d'étage : toutes ses pièces sont au même niveau. Au figuré, entrer de plain-pied dans un sujet, c'est y entrer directement. Pas « de plein-pied ».
  • en son for intérieur, ou dans son for intérieur : le for était un tribunal, du latin forum. Le for intérieur, c'est le tribunal de la conscience. Pas « fort intérieur ».
  • à cor et à cri : le cor est la trompe des chasseurs, qui chassaient en sonnant du cor et en criant. On réclame aujourd'hui à cor et à cri, avec insistance. Pas « à corps et à cri ».
  • un tant soit peu : c'est le tant de « tant de fois », qui dit la quantité, et non le temps qui passe. Un tant soit peu veut dire « si peu que ce soit ». Pas « un temps soit peu ».
  • tomber des nues : les nues sont les nuages, comme dans porter aux nues. Tomber des nues, c'est être stupéfait, comme tombé du ciel. Pas « des nus ».
  • faire bonne chère : la chère a d'abord désigné le visage, puis l'accueil qu'on réserve à un hôte, puis le repas qu'on lui sert. Faire bonne chère, c'est bien manger. Pas « bonne chair ».
  • rebattre les oreilles : rebattre, c'est battre de nouveau, donc répéter sans fin. Il nous rebat les oreilles de ses vacances ; un sujet rebattu est usé d'avoir trop servi. Ici, le piège est le préfixe : rebattre et rabattre ne se prononcent pas tout à fait pareil, mais on prend souvent l'un pour l'autre. Pas « rabattre ».
  • mettre au ban : le ban était une proclamation publique, dont les bans du mariage sont un reste. Être mis au ban, c'était être banni par proclamation : ban et bannir sont de la même famille. Il a été mis au ban de la société. Pas « au banc ».

Quand l'autre mot existe aussi

Certains de ces faux jumeaux sont corrects dans un autre emploi. C'est le sens de la phrase qui tranche.

  • céder à l'envie de dormir : ici, c'est bien le désir
  • une volaille à la chair tendre : la viande
  • le banc des accusés : le siège
  • le chat rabat les oreilles en arrière : il les couche

Pour retenir

Ne te fie pas au sens du mot courant : « faire bonne chair » ou « en son fort intérieur » semblent vouloir dire quelque chose, et c'est justement ce qui piège. Dans ces neuf expressions, le mot que l'oreille croit reconnaître n'est pas le bon : ni envie, ni plein, ni fort, ni corps, ni temps, ni nus, ni chair, ni banc. Et pour rebattre, ce n'est pas rabattre. Rattache le bon mot à son sens : l'envi, le défi ; plain, plat ; le for, le tribunal ; le cor, la trompe de chasse ; tant, la quantité ; les nues, les nuages ; la chère, l'accueil ; le ban, la proclamation ; rebattre, battre de nouveau.

Pourquoi on se trompe

Le sens de ces mots s'est perdu : on ne sait plus que l'envi était un défi, ni que la chère était l'accueil. L'oreille rattache alors chaque mot au mot courant qui sonne pareil, envie, plein, fort, corps, temps, nus, chair, banc, et la main suit. C'est le même piège que dans « d'ores et déjà », où ores voulait dire maintenant.

💡 Astuce

Dans ces expressions figées, n'écris pas le mot que l'oreille croit entendre, mais celui-ci : envi, le défi ; plain, plat ; for, le tribunal ; cor, la trompe de chasse ; tant (et non temps), la quantité ; nues, les nuages ; chère, l'accueil ; ban, la proclamation. Et on rebat les oreilles. Méfie-toi du mot courant même quand il semble avoir un sens : « bonne chair », « fort intérieur ».

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